Ronde... et fière de l’être !

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Ronde... et fière de l’être !

21/07/2017

Enfin, presque. Parce que le nouveau diktat a beau être d’assumer enfin ses rondeurs, pas facile de se débarrasser de ses vieux complexes, de l’image idéale qu’imposent les magazines et des fausses amies qui se plaignent de ne plus rentrer dans leur taille 36. Léopoldine, 35 ans, responsable administrative à Lyon et paresseuse (elle fait partie de notre panel), nous a confié son témoignage : sincère, touchant, et dans lequel de nombreuses lectrices, rondes ou pas, qu’elles se voient comme ci ou comme ça, pourront se reconnaître.

 

 


Comment j’ai accepté d’être ronde... « Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été ronde. Je me rappelle d'une conversation, je crois que je devais avoir dans les 11 ans, nous étions en voiture, mes parents, mes sœurs et moi. Ma mère parlait régime avec ma grande sœur (parce que la rondeur, c'est un peu de famille...) et je me rappelle avoir dit que moi, je ne serai jamais au régime, parce que c'était trop trop bête et qu'il fallait assumer son corps tel qu'il était.

 

A l'adolescence, j'ai vite changé d'avis et j'ai commencé les régimes. Bel engrenage. J'ai perdu 40 kilos, j'en ai repris 20 et puis j'en ai reperdu autant et j'ai vite adopté « la yoyo attitude ». Celle qui fait qu'au final ta garde-robe, c'est un peu une annexe d'un magasin de fringues : les tailles oscillent entre le 38 et le 46... Paradoxalement, je ne me suis jamais sentie bien dans mon corps, que je me sape en 38 ou en 46 voire même en 52. Jamais.

 

Alors en novembre de l'année passée, après un énième rendez-vous raté avec une diététicienne et sa doctrine « seulement les légumes à volonté pour maigrir », j'ai décidé d'arrêter. Arrêter cette quête stupide des kilos en moins parce qu'au final, j'avais un peu l'impression de passer « à côté de ma vie » tout en continuant à grossir, bien que perpétuellement au régime !

 

Ce n'est pas facile de se dire STOP, après des années de régime, après des années à rêver d'être mince, à rêver de vivre mince. Je n'en suis qu'à mon 3ième mois, finalement. Une période probatoire dans l'acceptation de soi-même. Mais quand je me retourne sur ces 3 mois, je réalise que j'ai fait la paix avec ma balance, que je compulse moins qu'avant même si tout n'est pas encore résolu, que je reprends plaisir à m'habiller et que surtout, j'ai cessé d'acheter des fringues dans deux tailles au-dessous de celle que je porte actuellement en me disant « pour quand j'aurai maigri ».

 

Parce que ma vie, c'est aujourd'hui que j'ai vraiment envie de la vivre. Et que je ne supporte plus, tout simplement, cette infinie liste de complexes que je m'impose. »

 

 


Le regard des autres : « Mes parents ? Mon père a toujours été là pour me soutenir. Ma mère aussi, même si je dis souvent en riant, parce que je trouve ça drôle, qu'avec 40 kilos de plus ou de moins, ma mère ne m'a jamais trouvé grosse. Et sur le fond, ce n'est que du bonheur, cet amour inconditionnel de mes parents, faisant fi de mes rondeurs, ne s'attachant qu'à ma personnalité. De tout mon cœur, je remercie mes parents d'avoir été là, toujours, encore aujourd'hui, et d'avoir su m'aimer à la mesure de celle que je suis avec ou sans kilo en trop.

 

Mon Boyfriend ? Je garde en mémoire l'un de ses coups de gueule, un matin lointain où j'avais le moral à ras-les-pâquerettes (je venais de me peser....), quand il a crié que j'étais devenue complètement folle, que la bonne humeur de mes journées pouvait être réduite à néant pour une affaire de 200 grammes en plus sur la balance. La claque ! Il avait raison, vraiment raison, même si j'ai mis énormément de temps à le reconnaître. Avec lui, j'ai appris à ne pas avoir honte de mon corps. Je n'en suis pas encore à « aimer » mon corps, j'en suis même assez éloignée, mais je n'ai plus cette honte de la nudité qui me collait à la peau. Alors c'est sûr, quand d'autres me trouvent jolie, séduisante, etc... J'ai du mal. Je suis toujours persuadée que c'est pour se moquer de moi. Les réminiscences du passé, quand dans la cour d'école, je me retournais invariablement dès qu'un autre enfant s'exclamait « hé la grosse ! », parce que la grosse, cela ne pouvait être que moi.

 

Les copines ? Avec les copines, on parle régime mais pas seulement même si j'adore parler régime. J'ai également un vrai besoin de tourner mes kilos en trop en dérision. D'où aussi mon blog, même si j'ai encore parfois du mal à exprimer le fait que je sois ronde et que j'assume (mais avec le temps...).

 

Les « minces » ? Rien ne m'insupportait plus, à une époque, qu'une nana se sapant en 38 et se pinçant la fesse devant moi, dans un geste quasi-désespéré, en disant « flûte, j'ai grossi, noooooonnn ? ». Avant, je ne répondais pas vraiment, j'éludais le sujet, je le prenais même comme une « presque agression » envers ma personnalité de ronde. Et puis aujourd'hui, je le gère différemment, ça me fait presque rire cette espèce d'attitude qui consiste à se plaindre pour mieux se faire complimenter, du coup je n'hésite plus à répondre « ah ouais mais c'est dingue ce que tu as pris du cul, quand même... ». Et toc.

 


Etre ronde alors que les magazines ne montrent que des filles minces... « J'ai encore en mémoire le numéro de ELLE, en mars 2010, qui a révélé le mannequin Tara Lynn, femme ronde et qui assume celle qu'elle est. Une véritable bouffée d'air pour moi. Je n'ai pourtant jamais rêvé de ressembler à Kate Moss, même si plus jeune, quand je feuilletais les pages du catalogue de La Redoute, c'était un rêve : être comme toutes ces nanas en 36/38, sur ces pages.

 

Je crois qu'aujourd'hui il y a de « la place » pour toutes : les minces, les rondes. Certes, les magazines font des efforts, même si c'est toujours très étrange de présenter un mannequin ronde en couverture comme un truc exceptionnel, surtout quand on sait que la plupart des françaises se sapent en 40/42. Être ronde au final, ce n'est pas qu'une simple question de taille, c'est aussi une attitude. »

 


Mon alimentation au quotidien : « Quand je songe à la pire idée régime que j'ai pu avoir, c'est d'essayer Dukan alors que je déteste manger de la viande. Et qu'à force de manger du poisson, j'ai rapidement commencé à cauchemarder sur l'idée que j'allais me transformer en truite....

 

Depuis le mois de novembre dernier, j'essaye de suivre les préceptes de Zermati. Parfois ça fonctionne, parfois c'est la catastrophe, mais je m'efforce de respecter au maximum la continuité parce que tout comme je ne supporte plus la pensée d'acheter des fringues « pour quand je serai mince », je refuse désormais de me dire « lundi = régime ». Je ne me prive donc plus de pain frais, ni de chocolat, mes aliments préférés (mais ô combien anti-régime dans les mentalités !), j'essaye de manger raisonnablement, à la réflexion je « travaille » essentiellement sur les quantités et la sensation de « satiété » que j'ai égarée au fur et à mesure des régimes plutôt que de me dire encore que tel aliment est régime et tel aliment ne l'est pas justement.

 

Je ne suis donc plus « au régime » même si je dis régulièrement que je régime, mais c'est plutôt l'idée de manger « comme il faut et à ma faim » qui prédomine. Mes achats alimentaires s'en ressentent et cela fait un moment que je n'ai plus fait d'expédition punitive en grande surface afin d'acheter à « bouffer » dans l'idée de faire une « crise ». Les hyperphages – telles que moi - se reconnaîtront sans peine dans ces derniers mots. »

 


Mes astuces de style pour tous les jours : « Je ne crois pas qu'il existe une mode pour les minces et une mode pour les rondes. Je crois que la priorité, c'est de se sentir BIEN dans ses fringues. Je déteste profondément cette attitude qui consiste à dire que « les leggins, c'est pas fait pour les rondes » ou encore « quand tu es ronde et que tu portes un string, on dirait un rosbif ». La liste de ce genre de pensée n'est hélas pas exhaustive.

Depuis toujours, j'aime les fringues. J'aime le maquillage, simple, j'aime les parfums. J'aime m'habiller. J'aime faire du shopping. Depuis ma « mini-révolution à l'intérieur de moi-même » du mois de novembre, j'ai acheté moins de fringues. Pas par manque d'envie, mais plutôt comme une énième étape dans mon envie de changement : j'ai acheté tellement de fringues deux tailles en dessous de la mienne, en me disant « pour quand j'aurai maigri », que j'avais un vrai besoin d'apaisement. J'apprends à ne plus me détester, à me regarder sur pied dans le psyché sans me fustiger (même si je me regarde plus souvent de profil que de face, c'est une question de volume, je suis vraiment moins dodue de profil, n'est-ce pas...), sans me dénigrer.

 

J'ai enfin compris que ce n'est pas dans les fringues que je rêve de porter que je vais m'aimer, mais plutôt au travers de ce regard que je porte sur moi-même, mon propre regard. »